Expositions | L’essence du cinéma indien
Pour photographier le cinéma d’auteur indien dit « parallèle », et surtout ce cinéma bollywoodien hérité de la tradition du spectacle vivant, fortement coloré, gesticulant, chantant, Géraldine Langlois a opté pour le sobre et plus austère noir et blanc.
Elle instaure ainsi d’emblée une distanciation et ce sentiment intimistement voyeur de pénétrer dans les coulisses du dispositif filmique. La photographe aime alterner les instants figés sur le visage de l’acteur ou du réalisateur, plongées puis contre-plongées, et traînées de flou dues au mouvement. Le cadrage de guingois oblige parfois le regard à entrer dans l’action, à une incursion brusque dans le réel atomisé. Peu de situations statiques : on songe à un « cinéma fixe » (titre d’un livre de Bernard Plossu).
En photographiant vite, ce qui ne signifie pas sans préparation, elle donne le sentiment d’une pulsation du réel.
Grâce à ce parti pris, par mimétisme ou effet de miroir, ses images rendent compte de l’effervescence qui règne sur un tournage, et surtout de la spécificité de ce cinéma bollywoodien si foisonnant, si expressif, dans les chants et les danses, les accessoires et les costumes bigarrés, les visages maquillés à l’extrême, les intrigues « escapistes ».
« L’essence du cinéma indien », en tout cas dans sa version grand public, n’est-ce pas justement le vertige des sens qui doit permettre au public populaire, à l’instar de son puissant modèle américain, d’oublier ses occupations quotidiennes, et de sortir de la salle, comme l’écrit Gautaman Bhaskaran, « des ressorts aux pieds et une chanson aux lèvres »?
Si l’avenir du cinéma indien réside sans doute, comme le suggère le même auteur, dans un « cinéma moyen » qui offrirait « une touche de Bollywood et une dose d’authenticité » issue du cinéma parallèle d’auteur, la fonction des films restera la même et Géraldine Langlois a su remarquablement capter l’énergie positive, la joie souvent exubérante, qui émane des différentes productions actuelles. En saisir l’essence dans son « cinéma fixe ».
Yannick Vigouroux, février 2004